Annales chrétiennes

De 0 à 70 après Jésus Christ

« Lorsque j'aurai été sur la croix,
j'attirerai tout à moi »

Cet article répond à ces questions

Comment et pourquoi Jésus a-t-il fondé l’Eglise ?

Quelle a été le rôle de la religion d’Israël ?

Comment les Juifs ont-ils accueilli le message évangélique ?

Quel fut le rôle de saint Paul et de ses missions ?

Quel était le contenu du Concile de Jérusalem ?
 

 

LES ORIGINES DE L’EGLISE

Commençons par le commencement... L’Eglise a été instituée par l’Homme-Dieu (le Christ), d’où son nom d’Eglise chrétienne.

Elle a eu des origines modestes. Rappelons que Jésus a vécu loin des grandeurs humaines, des gloires bruyantes et éphémères, qui entourent les palais des rois. Il est né dans une étable, a vécu pauvre et caché, tout occupé de sa mission rédemptrice, en aidant son père adoptif, Joseph, dans son travail manuel.

C’est dans ces trois dernières années de sa vie qu’il prêcha la Parole de Salut en formant des apôtres pour la reprendre après son ascension.
 

LE MILIEU JUIF

Mais en venant dans notre monde, Jésus est apparu à un moment de l’Histoire où il devait occuper le point culminant. Il arriva dans un milieu où les hommes continuaient à vivre selon leur habitudes, leurs croyances, sans le moindre soupçon de sa future grandeur. Jésus vécut en Judée et en Galilée, parmi ses compatriotes israélites. C’est à eux qu’Il a annoncé la Bonne Parole, c’est à dire l’Evangile.

C’est dans la foule de ses auditeurs qu’il choisit ses douze apôtres, pour les faire continuateurs de sa Parole. Il a placé Pierre à leur tête en lui disant : « Tu es Pierre et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise », et encore : « Pais mes agneaux, pais mes brebis », et enfin : « tout ce que tu lieras sur cette terre sera lié dans le ciel ».

La religion d’Israël a été la préparation providentielle de l’Evangile. Après la faute de nos premiers parents, Dieu n’a pas abandonné l’homme dans l’état de dénuement dans lequel il se trouvait. Il lui a d’abord laissé la lumière de la conscience, et les hommes primitifs honoraient Dieu par la prière et par des rituels. Puis, Il a fait alliance avec Abraham, père du peuple hébreu, dépositaire de la promesse de la rédemption. Cette alliance s’est resserrée au temps de Moïse. Par cette alliance, les Hébreux (appelés plus tard Juifs et Israélites) s’engageaient à servir Dieu en observant le Décalogue (les Dix commandements) et la Loi (règlement du culte et des observances juives).

Mais, la religion d’Israël était provisoire. Elle avait deux buts : maintenir l’idée du vrai Dieu, tout puissant et pur esprit, au milieu d’un monde idolâtre et conserver l’espérance messianique, c’est à dire l’attente du Messie promis. C’est donc Jésus-Christ qui devait instaurer la religion définitive.

Au temps de Jésus, l’espérance messianique s’était profondément altérée dans l’esprit de la plupart des Juifs. Ils attendaient un Messie qui serait un roi guerrier, victorieux de tous ses voisins. Il établirait Israël au dessus de toutes les nations et ferait vivre son peuple dans une abondance plantureuse et dans la prospérité, aux dépens des autres.

Les transformations morales s’opèrent lentement. Jésus a lutté, durant toute sa vie publique, contre ce rêve matériel et grossier. Les apôtres eux-mêmes, après la dernière cène, ne s’en étaient pas encore complètement affranchis. Témoin la question étrange qu’ils posent à Jésus sur le point de s’envoler au ciel et que nous rapporte saint Luc: « Seigneur, est-ce maintenant que vous allez rétablir le royaume d’Israël ? ».

Or, dix jours après l’Ascension, ces hommes étaient réunis dans le Cénacle avec Marie. Tout à coup, un bruit insolite surgit, comme un vent violent, des Langues de feu apparurent au dessus de chacun des apôtres : à ce moment ils furent remplis du Saint- Esprit. Et ces hommes, qui avaient été lâches, lents à comprendre, pleins d’aspirations égoïstes, deviennent miraculeusement des hommes nouveaux. Dès lors, ils prêcheront la parole du Christ.

L’Eglise est vraiment née le jour de la Pentecôte !
 

LA PREDICATION DES APÔTRES

Les Apôtres commencèrent à étendre la Parole de Jésus à Jérusalem. C'est là que se fonde la première Eglise. On appelait ainsi les groupes de chrétiens qui pratiquaient leur religion dans un même lieu. On dira aussi pour désigner un diocèse : l'Eglise d'Antioche, l'Eglise de Lyon,...

Il paraissait naturel aux apôtres de s'adresser d'abord aux Juifs, leurs anciens coreligionnaires. Il était, en effet, normal de dire à ceux qui attendaient le Messie : il est venu, c'est le Christ ! Beaucoup se convertirent : 3 000 au soir de la Pentecôte, racontent les Actes des Apôtres (Ce livre est un récit des premiers temps du christianisme qui a pris place parmi les écrits inspirés du Nouveau Testament. Il a pour auteur saint Luc, médecin, ami de saint Paul et auteur du 3e évangile).

Les apôtres prêchaient tantôt sur les places publiques, tantôt dans les synagogues. Le livre des Actes des Apôtres nous a conservé un exemple typique de cette prédication. Saint Pierre, au sortir du Cénacle prit la parole et s'adressa ainsi à la foule : « Enfants d'Israël, écoutez ces paroles : Jésus de Nazareth, cet homme à qui Dieu a rendu témoignage par les prodiges, les miracles et les signes qu'Il a opérés par Lui au milieu de vous, comme vous le savez, cet homme ayant été livré... vous l'avez crucifié et mis à mort par la main des impies. Mais Dieu l'a ressuscité en le délivrant des douleurs de la mort... David est mort et il a été enseveli et son sépulcre est encore parmi vous. Mais Jésus, Dieu l'a ressuscité, nous en sommes tous témoins. ».

Cette prédication était rendue encore plus efficace par les miracles qui l'accompagnaient. Cependant, les Juifs, tenaces dans leurs idées particularistes et attachés à leurs rêves de puissance temporelle, réagissaient violemment. Ce sont eux qui firent le premier martyr, en lapidant le diacre saint Etienne, sous les murs de Jérusalem.
 

L'organisation primitive de l'église

La première Eglise fut celle tout naturellement de Jérusalem. Elle fut le principal centre chrétien, pendant une trentaine d'années après la mort du Christ. Saint Pierre en était le chef, institué par le Christ. Il devait le rester et ses successeurs, les papes, seront aussi les chefs suprêmes de l'Eglise universelle jusqu'à la fin des temps. On voit alors paraître cette nouveauté, inconnue de toutes les religions païennes : le vrai ministre de Dieu.

Les apôtres séjournèrent plusieurs années à Jérusalem. Puis, ils se dispersèrent pour aller fonder des chrétientés en Asie Mineure et en Grèce. Partout, ils procédèrent de la même façon. Quand ils partaient, ils laissaient à l'Eglise fondée, un chef, en lui imposant les mains. C'est la première forme de l'ordination. Il devient alors leur successeur. Ce chef est un évêque, c'est à dire surveillant et directeur de la vie chrétienne. Ainsi, quand saint Pierre part à Antioche, il laisse à Jérusalem, pour diriger la communauté chrétienne, Jacques le Mineur.

Très vite, les évêques, s'adjoignent des diacres, pour s'occuper des intérêts matériels de la communauté. Une vie de charité intense régnait alors dans ces premières communautés. Initiés par le baptême au mystère de la Rédemption, les chrétiens se réunissaient alors chaque jour, autour de l'Eucharistie. Ils se confiaient leurs besoins, ils s'entraînaient à l'amour du Christ, ils se rappelaient ses paroles et ses miracles et se fortifiaient dans l'espérance de la vie future. Ils vendaient leurs terres et leurs biens, disent les Actes et l'argent était partagé entre tous ceux qui en avaient besoin.

Mais tel une traînée de poudre la Parole du Christ ne pouvait se confiner dans la Palestine et ne travailler qu'à la conversion des Juifs. Car le Christ à voulu « sauver tous les hommes » : telles étaient ses paroles. Et deux grands faits devaient marquer le caractère universel de la religion nouvelle : la conversion de saint Paul et le Concile de Jérusalem, vers 52.
 

La conversion de saint Paul

Saint Paul est né à Tarse en Cilicie, sous le nom de Saul. Ame de feu, esprit d'une puissance et d'une précision extraordinaires, juif plein d'ardeur pour la défense de la Loi, il avait assisté avec complaisance à la lapidation de saint Etienne. D'abord enflammé de zèle contre les chrétiens, tandis qu'il se rend à Damas pour les persécuter, il est soudain terrassé sur la route, enveloppé de lumière et entend une voix qui lui dit : « Saul, pourquoi me persécutes-tu ? » Qui êtes-vous, dit-il. « Je suis le Christ que tu persécutes ». Aussitôt, revirement total dans l'âme de Saul. Il change jusqu'à son nom. Il se fait instruire dans la religion nouvelle. Toute son ardeur et son génie désormais vont se dépenser pour elle et il deviendra à jamais illustre sous le nom de saint Paul.

Saint Paul ne s'adressera pas seulement aux Juifs, il deviendra l'apôtre des Gentils, nom que les Israélites donnaient à tous les non-Juifs. Il accomplira trois grandes missions autour de la mer Egée, entre les années 44 et 58. Il partira d'Antioche et abordera l'île de Chypre. Il y convertira le proconsul romain Sergius Paulus, puis il prêchera la bonne parole dans les petites villes d'Asie Mineure. Il continuera et fondra des chrétientés à Philippes, Thessalonique, Bérée en Macédoine, Athènes, Corinthe. Puis, Ephèse et Rhodes.

Partout, il fait de nombreuses conversions, mais pour ne pas être à charge des nouveaux convertis, il reprend son métier : tisseur de tentes. Partout où il passait, il fera de nombreux miracles. Lors de ses nombreux voyages, il correspondait avec les diverses églises qu'il avait créées. Ces lettres ainsi regroupées, admirables et inspirées, donnèrent ce que l'on appelle les Epîtres de saint Paul.

Outre qu'elle nous révèle l'âme étonnante du grand apôtre, elles nous exposent les dogmes fondamentaux, comme le mystère de la Rédemption, la Résurrection du Christ, la nécessité de la foi, l'inutilité des observances juives pour les nouveaux convertis. Saint Paul a vraiment ouvert au christianisme les portes du monde païen !
 

LE Concile de Jérusalem

Le deuxième grand fait qui étendra la Parole de Jésus fut le Concile de Jérusalem. Tant que les conversions s'opéraient parmi les Juifs, ces derniers se contentaient d'ajouter les pratiques chrétiennes aux observances juives (circoncision, abstinence de viandes interdites par Moïse, ablutions, célébration du jour du sabbat, etc.). Le christianisme courrait ainsi un grand péril : il risquait d'apparaître comme un simple complément de la religion d'Israël au lieu d'être une doctrine nouvelle de salut universel.

L’apostolat de saint Paul auprès des païens posait une question capitale : devait-on imposer aux païens les observances juives ? En d'autres termes, devaient-ils se convertir au judaïsme pour être dignes d'embrasser en même temps le catholicisme ? Paul avait tranché net : non, avait-il rétorqué. La loi juive ne devait pas compter pour les Gentils : elle devait être remplacée par la loi chrétienne. Pierre avait d'abord fait de même. Mais impressionné par les vieux Juifs, il fini par pencher du côté des antiques traditions. C'est alors qu'un conflit se manifesta entre les deux apôtres à Antioche.

Pour trancher la question, on décida une réunion de tous les chefs de l'Eglise, qui se tint à Jérusalem. Dans cette assemblée (ou concile), après moult discussions, il fut reconnu par tous que la religion juive, qui n'était que provisoire, était définitivement remplacée par le christianisme, seule vraie religion proposée à tous les hommes...
 

Saint Pierre à Rome

Alors Rome et saint Pierre dans tout cela me direz-vous... Rome, était à ce moment là, la capitale du monde civilisé. Tout le monde le sait : tous les chemins de l'Empire y conduisaient.
De bonne heure, une chrétienté s'y forma. Pierre lui-même vint la présider. C'est ainsi qu'il fut le premier évêque de Rome.

Saint Paul y vint aussi. Poursuivi par la haine des Juifs, qui ne lui pardonnaient pas de vouloir faire disparaître leur religion, accusé de crimes imaginaires contre l'empereur, il fut emprisonné deux ans à Césarée. Il demanda à être jugé à Rome. Il y arriva, accompagné d'un centurion (soldat romain), en 61. Reconnu innocent, il prêcha la bonne Parole en divers pays, puis revint à Rome.

C'était le temps où régnait l'empereur Néron (54-68), un des pires empereurs romains. En 64, un incendie formidable éclata dans Rome en dévorant une grande partie de la ville. Une furieuse malédiction s'éleva du peuple contre l'empereur. L’avait-il provoqué, comme l'insinue l'historien Tacite ? Pour détourner les soupçons, il accusa les chrétiens. On leur reprochait des crimes énormes, fabriqués de toutes pièces. On les livra ensuite à des supplices affreux. Les uns étaient enduits de poix et servaient de torches vivantes dans des fêtes de nuit. D'autres étaient attachés aux cornes des taureaux indomptés. Saint Pierre fut crucifié, la tête en bas, à l'endroit où s'élève aujourd'hui la basilique saint Pierre, au Vatican. C'était en l'an 64.

Saint Paul subit le martyre un peu plus tard en 67, sous la persécution de Néron. Il sentait venir sans trembler cette douloureuse échéance. Peu avant sa mort, il écrivait à son disciple Timothée ces fières paroles « J'ai combattu le bon combat, j'ai gardé la foi; il ne me reste plus qu'à recevoir du Seigneur la couronne de justice ». Il reçut la palme du martyre, à l'endroit où s'élève aujourd'hui la basilique de Saint-Paul hors les murs.

Mais leur mort glorieuse, en les unissant, a fait de Rome un lieu sacré, ce lieu, centre de l'Eglise universelle, dans la capitale du monde civilisé. De là, la Parole de Jésus trouvera un terrain de propagation extraordinaire...
 

L’ incendie de Rome sous Néron :

Tacite a vécu au premier siècle de l'ère chrétienne. C'était un païen, mais un des historiens les plus profonds de l'Antiquité romaine. Il vivait tout près des faits qu'il raconte et son témoignage reflète l'état d'esprit des romains les plus cultivés de son époque.

« Ni les efforts humains, ni les largesses du prince, ni les prières aux dieux ne purent empêcher la persuasion que Néron avait eu l'infamie d'ordonner l'incendie de Rome. Pour faire taire cette rumeur, Néron inventa des coupables et livra aux supplices les plus raffinés des hommes que le vulgaire, les accusant de crimes odieux, appelait chrétiens. »

« Celui dont ils tiraient leur nom, Christ, avait été, sous le règne de Tibère, supplicié par le procurateur Ponce Pilate. Réprimée d'abord, l'exécrable superstition faisait irruption de nouveau, non seulement dans la Judée, berceau de ce fléau, mais jusque dans Rome, où affluent de partout et s'accomplissent les pratiques les plus cruelles et les plus honteuses. »

« On saisit d'abord ceux qui avouaient être chrétiens, puis, sur leur dénonciation, une grande multitude convaincue moins du crime d'incendie que de la haine du genre humain. On ajouta la dérision au supplice : des hommes enveloppés de peaux de bêtes moururent déchirés par des chiens; beaucoup furent crucifiés ou brûlés, d'autres à la chute du jour, furent brûlés en guise de flambeaux... Néron avait prêté ses jardins pour ce divertissement et y donnait des courses. Aussi, quoique coupables et dignes des dernières rigueurs, ces hommes inspiraient la pitié parce qu'ils étaient sacrifiés, non pas à l'utilité publique mais à la barbarie d'un seul. »