Commençons par
le commencement... L’Eglise a été instituée par l’Homme-Dieu
(le Christ), d’où son nom d’Eglise chrétienne.
Elle a eu des
origines modestes. Rappelons que Jésus a vécu loin des
grandeurs humaines, des gloires bruyantes et éphémères, qui entourent
les palais des rois. Il est né dans une étable, a vécu pauvre et caché,
tout occupé de sa mission rédemptrice, en aidant son père adoptif,
Joseph, dans son travail manuel.
C’est
dans ces trois dernières années de sa vie qu’il prêcha la Parole de
Salut en formant des apôtres pour la reprendre après son ascension.
Mais en venant
dans notre monde, Jésus est apparu à un moment de
l’Histoire où il devait occuper
le point culminant. Il arriva dans un milieu où les hommes continuaient
à vivre selon leur habitudes, leurs croyances, sans le moindre
soupçon de sa future grandeur. Jésus vécut en Judée
et en Galilée, parmi ses compatriotes israélites. C’est à
eux qu’Il a annoncé la Bonne Parole, c’est à dire l’Evangile.
C’est
dans la foule de ses auditeurs qu’il choisit ses douze apôtres, pour les
faire continuateurs de sa Parole. Il a placé Pierre à leur
tête en lui disant : « Tu es Pierre et sur cette pierre je bâtirai
mon Eglise », et encore : « Pais mes agneaux, pais mes brebis »,
et enfin : « tout ce que tu lieras sur cette terre sera lié dans le
ciel ».
La
religion d’Israël a été la préparation providentielle de l’Evangile.
Après la faute de nos premiers parents, Dieu n’a pas
abandonné l’homme dans l’état de dénuement dans lequel il se trouvait.
Il lui a d’abord laissé la lumière de la conscience, et les hommes
primitifs honoraient Dieu par la prière et par des
rituels. Puis, Il a fait alliance avec Abraham, père du
peuple hébreu, dépositaire de la promesse de la rédemption. Cette
alliance s’est resserrée au temps de Moïse. Par cette
alliance, les Hébreux (appelés plus tard Juifs et Israélites)
s’engageaient à servir Dieu en observant le Décalogue
(les Dix commandements) et la Loi (règlement du culte
et des observances juives).
Mais,
la religion d’Israël était provisoire. Elle avait deux buts : maintenir
l’idée du vrai Dieu, tout puissant et pur esprit, au
milieu d’un monde idolâtre et conserver l’espérance messianique, c’est à
dire l’attente du Messie promis. C’est donc Jésus-Christ
qui devait instaurer la religion définitive.
Au
temps de Jésus, l’espérance messianique s’était
profondément altérée dans l’esprit de la plupart des Juifs. Ils
attendaient un Messie qui serait un roi guerrier, victorieux de tous ses
voisins. Il établirait Israël au dessus de toutes les
nations et ferait vivre son peuple dans une abondance plantureuse et
dans la prospérité, aux dépens des autres.
Les
transformations morales s’opèrent lentement. Jésus a
lutté, durant toute sa vie publique, contre ce rêve matériel et
grossier. Les apôtres eux-mêmes, après la dernière cène, ne s’en étaient
pas encore complètement affranchis. Témoin la question étrange qu’ils
posent à Jésus sur le point de s’envoler au ciel et que
nous rapporte saint Luc: « Seigneur, est-ce maintenant
que vous allez rétablir le royaume d’Israël ? ».
Or,
dix jours après l’Ascension, ces hommes étaient réunis dans le
Cénacle avec Marie. Tout à coup, un bruit insolite surgit,
comme un vent violent, des Langues de feu apparurent au dessus de
chacun des apôtres : à ce moment ils furent remplis du Saint-
Esprit. Et ces hommes, qui avaient été lâches, lents à
comprendre, pleins d’aspirations égoïstes, deviennent miraculeusement
des hommes nouveaux. Dès lors, ils prêcheront la parole du Christ.
L’Eglise est vraiment née le jour de la Pentecôte !
LA PREDICATION DES
APÔTRES
Les
Apôtres commencèrent à étendre la Parole de Jésus
à Jérusalem. C'est là que se fonde la première Eglise. On
appelait ainsi les groupes de chrétiens qui pratiquaient leur religion
dans un même lieu. On dira aussi pour désigner un diocèse : l'Eglise
d'Antioche, l'Eglise de Lyon,...
Il paraissait
naturel aux apôtres de s'adresser d'abord aux Juifs, leurs anciens
coreligionnaires. Il était, en effet, normal de dire à ceux qui
attendaient le Messie : il est venu, c'est le Christ !
Beaucoup se convertirent : 3 000 au soir de la Pentecôte,
racontent les Actes des Apôtres (Ce livre est un récit des
premiers temps du christianisme qui a pris place parmi les écrits
inspirés du Nouveau Testament. Il a pour auteur saint Luc, médecin, ami
de saint Paul et auteur du 3e évangile).
Les apôtres
prêchaient tantôt sur les places publiques, tantôt dans les synagogues.
Le livre des Actes des Apôtres nous a conservé un exemple typique de
cette prédication. Saint Pierre, au sortir du Cénacle prit
la parole et s'adressa ainsi à la foule : « Enfants d'Israël, écoutez
ces paroles : Jésus de Nazareth, cet homme à qui Dieu a rendu témoignage
par les prodiges, les miracles et les signes qu'Il a opérés par Lui au
milieu de vous, comme vous le savez, cet homme ayant été livré... vous
l'avez crucifié et mis à mort par la main des impies. Mais Dieu l'a
ressuscité en le délivrant des douleurs de la mort... David est mort et
il a été enseveli et son sépulcre est encore parmi vous. Mais Jésus,
Dieu l'a ressuscité, nous en sommes tous témoins. ».
Cette
prédication était rendue encore plus efficace par les miracles qui
l'accompagnaient. Cependant, les Juifs, tenaces dans leurs idées
particularistes et attachés à leurs rêves de puissance temporelle,
réagissaient violemment. Ce sont eux qui firent le premier martyr, en
lapidant le diacre saint Etienne, sous les murs de
Jérusalem.
L'organisation
primitive de l'église
La première
Eglise fut celle tout naturellement de
Jérusalem. Elle fut le principal centre chrétien, pendant
une trentaine d'années après la mort du Christ. Saint
Pierre en était le chef, institué par le Christ.
Il devait le rester et ses successeurs, les papes, seront aussi les
chefs suprêmes de l'Eglise universelle jusqu'à la fin des temps. On voit
alors paraître cette nouveauté, inconnue de toutes les religions
païennes : le vrai ministre de Dieu.
Les apôtres
séjournèrent plusieurs années à Jérusalem. Puis, ils se
dispersèrent pour aller fonder des chrétientés en Asie Mineure
et en Grèce. Partout, ils procédèrent de la même façon.
Quand ils partaient, ils laissaient à l'Eglise fondée, un chef, en lui
imposant les mains. C'est la première forme de l'ordination. Il devient
alors leur successeur. Ce chef est un évêque, c'est à dire surveillant
et directeur de la vie chrétienne. Ainsi, quand saint Pierre
part à Antioche, il laisse à Jérusalem, pour
diriger la communauté chrétienne, Jacques le Mineur.
Très vite, les
évêques, s'adjoignent des diacres, pour s'occuper des intérêts matériels
de la communauté. Une vie de charité intense régnait alors dans ces
premières communautés. Initiés par le baptême au mystère de la
Rédemption, les chrétiens se réunissaient alors chaque jour, autour
de l'Eucharistie. Ils se confiaient leurs besoins, ils
s'entraînaient à l'amour du Christ, ils se rappelaient ses
paroles et ses miracles et se fortifiaient dans l'espérance de la vie
future. Ils vendaient leurs terres et leurs biens, disent les Actes
et l'argent était partagé entre tous ceux qui en avaient besoin.
Mais tel une
traînée de poudre la Parole du Christ ne pouvait se
confiner dans la Palestine et ne travailler qu'à la
conversion des Juifs. Car le Christ à voulu « sauver
tous les hommes » : telles étaient ses paroles. Et deux grands faits
devaient marquer le caractère universel de la religion nouvelle : la
conversion de saint Paul et le Concile de Jérusalem,
vers 52.
La conversion de
saint Paul
Saint
Paul est né à Tarse en Cilicie, sous
le nom de Saul. Ame de feu, esprit d'une puissance et
d'une précision extraordinaires, juif plein d'ardeur pour la défense de
la Loi, il avait assisté avec complaisance à la lapidation de
saint Etienne. D'abord enflammé de zèle contre les
chrétiens, tandis qu'il se rend à Damas pour les
persécuter, il est soudain terrassé sur la route, enveloppé de lumière
et entend une voix qui lui dit : « Saul, pourquoi me persécutes-tu ?
» Qui êtes-vous, dit-il. « Je suis le Christ que tu persécutes ».
Aussitôt, revirement total dans l'âme de Saul. Il change
jusqu'à son nom. Il se fait instruire dans la religion nouvelle. Toute
son ardeur et son génie désormais vont se dépenser pour elle et il
deviendra à jamais illustre sous le nom de saint Paul.
Saint Paul
ne s'adressera pas seulement aux Juifs, il deviendra l'apôtre des
Gentils, nom que les Israélites donnaient à tous les non-Juifs. Il
accomplira trois grandes missions autour de la mer Egée,
entre les années 44 et 58. Il partira d'Antioche et
abordera l'île de Chypre. Il y convertira le proconsul
romain Sergius Paulus, puis il prêchera la bonne parole
dans les petites villes d'Asie Mineure. Il continuera et
fondra des chrétientés à Philippes, Thessalonique,
Bérée en Macédoine, Athènes,
Corinthe. Puis, Ephèse et Rhodes.
Partout, il fait
de nombreuses conversions, mais pour ne pas être à charge des nouveaux
convertis, il reprend son métier : tisseur de tentes. Partout où il
passait, il fera de nombreux miracles. Lors de ses nombreux voyages, il
correspondait avec les diverses églises qu'il avait créées. Ces lettres
ainsi regroupées, admirables et inspirées, donnèrent ce que l'on appelle
les Epîtres de saint Paul.
Outre qu'elle
nous révèle l'âme étonnante du grand apôtre, elles nous exposent les
dogmes fondamentaux, comme le mystère de la Rédemption, la
Résurrection du Christ, la nécessité de la foi,
l'inutilité des observances juives pour les nouveaux convertis. Saint
Paul a vraiment ouvert au christianisme les portes du monde
païen !
Le deuxième
grand fait qui étendra la Parole de Jésus fut le
Concile de Jérusalem. Tant que les conversions s'opéraient parmi les
Juifs, ces derniers se contentaient d'ajouter les pratiques chrétiennes
aux observances juives (circoncision, abstinence de viandes
interdites par Moïse, ablutions, célébration du jour du sabbat, etc.).
Le christianisme courrait ainsi un grand péril : il risquait
d'apparaître comme un simple complément de la religion d'Israël au lieu
d'être une doctrine nouvelle de salut universel.
L’apostolat de
saint Paul auprès des païens posait une question capitale
: devait-on imposer aux païens les observances juives ? En d'autres
termes, devaient-ils se convertir au judaïsme pour être dignes
d'embrasser en même temps le catholicisme ? Paul avait
tranché net : non, avait-il rétorqué. La loi juive ne devait pas compter
pour les Gentils : elle devait être remplacée par la loi chrétienne.
Pierre avait d'abord fait de même. Mais impressionné par les
vieux Juifs, il fini par pencher du côté des antiques traditions. C'est
alors qu'un conflit se manifesta entre les deux apôtres à Antioche.
Pour trancher la
question, on décida une réunion de tous les chefs de l'Eglise, qui se
tint à Jérusalem. Dans cette assemblée (ou concile), après
moult discussions, il fut reconnu par tous que la religion juive, qui
n'était que provisoire, était définitivement remplacée par le
christianisme, seule vraie religion proposée à tous les hommes...
Alors
Rome et saint Pierre dans tout cela me
direz-vous... Rome, était à ce moment là, la capitale du
monde civilisé. Tout le monde le sait : tous les chemins de l'Empire
y conduisaient.
De bonne heure, une chrétienté s'y forma. Pierre lui-même
vint la présider. C'est ainsi qu'il fut le premier évêque de Rome.
Saint Paul
y vint aussi. Poursuivi par la haine des Juifs, qui ne lui pardonnaient
pas de vouloir faire disparaître leur religion, accusé de crimes
imaginaires contre l'empereur, il fut emprisonné deux ans à
Césarée. Il demanda à être jugé à Rome. Il y
arriva, accompagné d'un centurion (soldat romain), en 61. Reconnu
innocent, il prêcha la bonne Parole en divers pays, puis revint à
Rome.
C'était le temps
où régnait l'empereur Néron (54-68), un des pires
empereurs romains. En 64, un incendie formidable éclata dans Rome
en dévorant une grande partie de la ville. Une furieuse malédiction
s'éleva du peuple contre l'empereur. L’avait-il provoqué, comme
l'insinue l'historien Tacite ? Pour détourner les
soupçons, il accusa les chrétiens. On leur reprochait des crimes
énormes, fabriqués de toutes pièces. On les livra ensuite à des
supplices affreux. Les uns étaient enduits de poix et servaient de
torches vivantes dans des fêtes de nuit. D'autres étaient attachés aux
cornes des taureaux indomptés. Saint Pierre fut crucifié,
la tête en bas, à l'endroit où s'élève aujourd'hui la basilique saint
Pierre, au Vatican. C'était en l'an 64.
Saint Paul
subit le martyre un peu plus tard en 67, sous la persécution de
Néron. Il sentait venir sans trembler cette douloureuse
échéance. Peu avant sa mort, il écrivait à son disciple Timothée
ces fières paroles « J'ai combattu le bon combat, j'ai gardé la foi;
il ne me reste plus qu'à recevoir du Seigneur la couronne de justice ».
Il reçut la palme du martyre, à l'endroit où s'élève aujourd'hui la
basilique de Saint-Paul hors les murs.
Mais leur mort
glorieuse, en les unissant, a fait de Rome un lieu sacré,
ce lieu, centre de l'Eglise universelle, dans la capitale du monde
civilisé. De là, la Parole de Jésus trouvera un terrain de propagation
extraordinaire...
L’ incendie de Rome
sous Néron :
Tacite a vécu au premier
siècle de l'ère chrétienne. C'était un païen, mais un des historiens
les plus profonds de l'Antiquité romaine. Il vivait tout près des
faits qu'il raconte et son témoignage reflète l'état d'esprit des
romains les plus cultivés de son époque.
« Ni les efforts humains, ni
les largesses du prince, ni les prières aux dieux ne purent empêcher
la persuasion que Néron avait eu l'infamie d'ordonner l'incendie de
Rome. Pour faire taire cette rumeur, Néron inventa des coupables et
livra aux supplices les plus raffinés des hommes que le vulgaire, les
accusant de crimes odieux, appelait chrétiens. »
« Celui dont ils tiraient
leur nom, Christ, avait été, sous le règne de Tibère, supplicié par le
procurateur Ponce Pilate. Réprimée d'abord, l'exécrable superstition
faisait irruption de nouveau, non seulement dans la Judée, berceau de
ce fléau, mais jusque dans Rome, où affluent de partout et
s'accomplissent les pratiques les plus cruelles et les plus honteuses.
»
« On saisit d'abord ceux qui
avouaient être chrétiens, puis, sur leur dénonciation, une grande
multitude convaincue moins du crime d'incendie que de la haine du
genre humain. On ajouta la dérision au supplice : des hommes
enveloppés de peaux de bêtes moururent déchirés par des chiens;
beaucoup furent crucifiés ou brûlés, d'autres à la chute du jour,
furent brûlés en guise de flambeaux... Néron avait prêté ses jardins
pour ce divertissement et y donnait des courses. Aussi, quoique
coupables et dignes des dernières rigueurs, ces hommes inspiraient la
pitié parce qu'ils étaient sacrifiés, non pas à l'utilité publique
mais à la barbarie d'un seul. »