Annales chrétiennes

De 70 à 313 après Jésus Christ

« A mort les chrétiens ! »

Cet article répond à ces questions

Que faut-il retenir sur la religion romaine ?
Quels étaient les principaux cultes à cette époque ?
Comment le christianisme s’est-il comporté vis-à-vis du judaïsme ?
Pourquoi l’Eglise vénère-t-elle l’Ancien Testament ?
Pourquoi l’Empire romain a-t-il persécuté les chrétiens ?
Quels étaient les supplices infligés aux chrétiens ?
Qui a décrété les persécutions et que nous enseignent-elles ?


 

 

L’Empire romain

L’Empire romain, un des plus grands qui ait jamais existé, englobait tous les pays situés autour de la Méditerranée jusqu'au nord de l'Atlantique. Sur tous les pays conquis, l'Empire a fait régner pendant plusieurs siècles la paix romaine, et les peuples annexes à l'unité de l'empire lui ont gardé de la reconnaissance, en même temps qu'ils étaient fiers du nom romain.

Le poète africain Claudien du Ve siècle disait : « C'est Rome seule qui a reçu dans son sein ceux qu'elle avait vaincus, et se conduisant en mère et non en dominatrice, a donné un même nom à tout le genre humain. De ceux qu'elle a domptés, elle a fait des citoyens. Elle a réuni par des liens sacrés les peuples éloignés. C'est grâce à son amour de la paix que partout nous retrouvons une patrie, que nous ne formons tous qu'une nation. Jamais il n'y aura de terme à la domination romaine. ».

Ce n'est pas que les conflits armés aient cessé d'exister sous l'Empire. Mais c'était surtout des luttes de compétition entre prétendants au titre d'empereur qui réglaient leurs rivalités par les armes. Il y avait aussi à réprimer des incursions d'étrangers qui franchissaient les frontières du Rhin et du Danube. Mais les peuples réunis dans l'Empire en souffraient peu cette défense de l'Empire incombait aux légions romaines. 

 

Une capitale : Rome

C'était une ville prestigieuse. Après l'incendie de 64, Néron en fit reconstruire les parties détruites. Ses successeurs y ont ajouté des palais, des monuments et des forums (places publiques avec des arcs de triomphe, des colonnes et des temples). Les étrangers éblouis l'appelleront la "Ville dorée".

Pleine d'éclat sous l'Empire, rappelons qu'elle était empruntée, pour une bonne part à la Grèce conquise un siècle et demi avant Jésus Christ. Les Romains avaient imité quasiment tous les genres littéraires grecs. De cette libre imitation étaient sorties des œuvres remarquables. Il suffit de citer les noms de Cicéron, Virgile, Horace, Tite-Live, Tacite, Sénèque, Pline le Jeune, etc., pour évoquer toute une brillante littérature.

D'un point de vue religieux, les Grecs comme les Romains étaient des païens, c'est à dire qu'ils rendaient un culte à de fausses divinités. Ces religions païennes antiques professaient une croyance commune à la survivance de l'âme après la mort. L’opinion première des lointaines générations grecques et italiennes fut que l'être humain vivait dans le tombeau, que l'âme ne se séparait pas du corps et qu'elle restait fixée à cette partie du sol ou les ossements étaient enterrés.

L’être qui vivait sous la terre n'était pas assez dégagé de l'humanité pour n'avoir pas besoin de nourriture. Aussi, à certains jours de l'année, portait-on un repas (gâteaux, vin, lait...) à chaque tombeau. Les poètes latins Ovide et Virgile ont décrit cette cérémonie dont l'usage s'était conservé intact jusqu'à leur époque, quoique les croyances se fussent déjà transformées chez les Romains. Il semble que le culte des morts ait été la plus ancienne forme de religion chez les peuples indo-européens.

Les grands dieux de la Cité étaient Jupiter, Junon et Minerve, empruntés aux Grecs. Il y avait aussi des dieux pour la famille : Lares, Pénates; pour la vie des champs : Silvain, protecteur des forêts; Saturne protecteur des blés et des vignes; Faunus, dieu des troupeaux féconds, etc. Vesta était la déesse du foyer. Janus, dieu spécifiquement romain, était le dieu des portes !... Au temps de l'Empire, dans le peuple on croyait encore aux dieux, sans qu'ils agissent beaucoup sur la conduite. Dans les classes cultivées, on n'y croyait plus, mais on s'en servait comme d'un ornement littéraire et architectural. L’habile politique de Rome avait ouvert largement son Panthéon aux dieux des peuples conquis. C'est ainsi que les religions orientales y avaient pénétré : le culte de Cybèle, déesse des moissons , venu d'Asie; le culte d'Isis et d'Osiris, venu d'Alexandrie; le culte de Mithra, venu de Perse, très répandu parmi les soldats.

Mais un culte devait dominer tous les autres et se superposer à toutes les religions : le Culte Impérial. Il devint une forme obligatoire du patriotisme. Organisé par Auguste, cet empereur exigea que le culte impérial fût associé à celui de la déesse Rome.

A l'Epoque de l'Empire, les mœurs étaient en complète décadence. Elle était minée par le luxe, le divorce et l'adultère. Les classes sociales étaient mal équilibrées. Les esclaves (prisonniers de guerre), sur lesquels le maître avait le droit de vie et de mort, étaient traités comme un vil bétail. Ils alimentaient les jeux du Cirque : combats contre lions, les tigres ou les ours, combats de gladiateurs. La masse de la population, composée d'artisans ou de petits boutiquiers, formaient une plèbe qui vivait un peu de son travail et un peu de la sportule (don gratuit) qu'on va chercher au palais des riches. Son idéal se résumait en deux mots : panem et circenses (du pain et des jeux).

Les riches, servis par de nombreux esclaves, habitent de préférence sur les collines ou à la campagne dans de somptueuses villas. Il n'y a pas de classe intermédiaire entre la plèbe et les riches. Cet état social, sous des dehors éclatants, cachait de profondes misères : dégoût engendré par la corruption croissante, détresse de l'âme incapable de se fixer sur un culte qui la satisfasse, besoin immense d'un renouveau moral, d'une purification intérieure vraie. C'est dans ce milieu qu'allaient travailler ces hommes étranges, aux yeux de la foule romaine qui s'appelaient les chrétiens.

 

L’Eglise dans l’Empire Romain

Tout ce que nous savons sur l'Eglise romaine primitive révèle à la fois sa séparation de plus en plus accentuée du judaïsme et son soucis de garder de la religion d'Israël, tout ce qui n'est pas contraire à la nature propre et originale du christianisme.

L’annonce de la Bonne Nouvelle à tous les hommes était en contradiction avec les sentiments, les habitudes, l'attente du Messie guerrier, qui animaient les Juifs contemporains du Christ. La doctrine de Jésus exige une réforme religieuse et morale de l'individu. La réforme qu'attendent les Juifs est surtout politique et doit délivrer le peuple hébreu du joug des romains.

Les Juifs, du moins le plus grand nombre, ne songent qu'à l'écrasement des autres peuples pour établir sur cette terre un "royaume de Dieu" dont ils seront les artisans et les bénéficiaires. Ils y vivront dans la jouissance et la richesse.

Le chrétien au contraire, dédaigne ce monde qui passe. Il ne doit songer qu'a purifier son âme, à y mettre la douceur, la miséricorde, la force dans l'adversité, le détachement des biens matériels, afin d'entrer dans le "Royaume qui n'est pas de ce monde".

Il y avait donc un antagonisme de fond entre le vieux judaïsme et le christianisme naissant. D'où la haine des Juifs contre les chrétiens. Mais, un événement devait briser les derniers liens de la jeune Eglise avec la vieille synagogue : la destruction du Temple de Jérusalem par les Romains en 70.

Les premiers Juifs convertis continuaient d'aller encore au Temple, aux heures de la prière. Désormais l'Eglise a son culte séparé, comme la synagogue a le sien. Elle a ses ministres, ses lieux de réunion, ses prières et ses rites. Elle a maintenant assez de puissance pour emprunter, sans rien perdre de son autonomie ni de son originalité.

Les adeptes de la Bonne Parole reconnaissaient dans l'histoire des Juifs une préparation au christianisme. Les chrétiens gardèrent précieusement les livres inspirés de l'Ancien Testament. Ils les lurent et les commentèrent dans l'assemblée chrétienne. Ils chantèrent les Psaumes. Mais dans tout cela, ils infusaient un esprit nouveau : celui de la foi au Christ rédempteur, sauveur, Fils de Dieu. C'est lui qui est le Messie attendu, qui a tout renouvelé dans le monde de l'âme.

Déjà apparaissent les premiers rites sacramentels : le baptême qui est donné au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, l'onction de l'huile après le baptême (confirmation), la Cène eucharistique. Pour ceux qui seront les ministres de l'Eucharistie, centre du culte, il y a aussi un sacrement : l'Ordre, qui s'administre par l'imposition des mains et auquel on se prépare par la prière et par le jeûne. Il y a encore l'onction des infirmes (extrême-onction), la pénitence pour les pécheurs, le mariage chrétien. Enfin, on pratique d'autres rites et rituels comme le lavement des pieds et certaines ablutions : tout cela forme l'ébauche de ce qu'on appellera la liturgie, c'est à dire l'ensemble des règles du culte chrétien et de l'administration des sacrements.

 

Les persécutions

Il y avait un tel contraste entre la vie des Romains et celle des premiers chrétiens, qu'ils devaient d'abord être incompris, puis persécutés. Surtout, le christianisme était intransigeant : il ne rendait un culte qu'au vrai Dieu. Au début, la police impériale ne distinguait pas les juifs des chrétiens. Les uns et les autres pêle-mêle furent expulsés de Rome sous l'empereur Claude, de 41 à 54. Puis, on s'aperçut que beaucoup de citoyens romains embrassaient la religion nouvelle. Mais si l'Etat romain était très tolérant pour les cultes nombreux et divers qui se pratiquaient dans l'Empire, c'était à une condition : qu'on se soumît au culte impérial. Or, les chrétiens ne pouvaient accepter d'adorer l'empereur. Par ce fait, ils devenaient sacrilèges, aux yeux des fonctionnaires romains.

De plus, ils étaient obligés de s'entourer d'un grand secret pour éviter les troubles et les profanations. Cela rendait possibles toutes les calomnies. On disait qu'ils s'adonnaient à la magie; qu'ils tuaient des enfants; qu'ils se livraient à toutes sortes de débauches ! Néron fixa lui-même la législation qui est à la base de toutes les persécutions : "Le nom et la profession du chrétien sont officiellement prohibés dans tout l'Empire romain". On les appelait, à cause de leur vie retirée et mystérieuse, "les ennemis du genre humain".

Les persécutions ne durèrent pas pendant trois siècles sans discontinuer. Souvent, elles furent limitées tantôt à une ville, tantôt à quelques provinces. Mais à des périodes d'accalmie assez longues succédaient brutalement les ordres d'exécution qui s'étendaient parfois à tout l'Empire. Les chrétiens étaient alors arrêtés, jugés et condamnés.

Dans le Droit romain, la prison n'existait qu'avant la sentence. Les peines infligées étaient : le bannissement, la déportation, les travaux forcés, la mort. Les travaux forcés étaient une peine horrible. Le condamné était marqué au fer rouge au front, on le flagellait, on lui rasait la tête, on lui enserrait les pieds dans une chaîne de fer. C'est ainsi qu'il travaillait dans les mines d'or, d'argent ou de plomb. La peine de mort était variée : la décapitation par le glaive était considérée comme une peine noble : on la réservait aux citoyens romains. Pour les autres, c'était la mise en croix. On y ajouta sous l'Empire le supplice du feu : sur le bûcher, le condamné, dépouillé de ses vêtements était attaché à un poteau, les mains liées derrière le dos. On l'entourait de matières inflammables et on le brûlait comme une torche. L’exposition aux bêtes était un supplice dramatique souvent réclamé par la foule : "les chrétiens aux lions !". On les exposait dans le crique, complètement nus, puis on lâchait sur eux les bêtes féroces : lions, tigres, ours, sangliers, taureaux excités. Ce supplice était jadis réservé aux esclaves criminels.

Pendant les deux premiers siècles, sauf sous Néron, on observa la distinction entre citoyens romains et les autres. En outre, on appliqua aux chrétiens la torture. Elle était déjà en vigueur dans le droit romain, pour provoquer des aveux. Elle ne pouvait avoir ce but pour les chrétiens qui confessaient hautement leur foi : elle était destinée à les faire abjurer. On leur appliqua donc les quatre sortes de tortures admises par la loi : la flagellation avec des lanières de cuir; le chevalet qui écarte les membres; les ongles de fer qui déchirent les flanc; enfin l'application du fer rougi au feu. Il arrivait donc qu'au Ille siècle, le martyre comportât ces premières tortures, puis le retour à la prison, enfin les dernier supplices.

On doit ajouter qu'à cette époque, magistrats et bourreaux ne semblent plus écouter que leur férocité personnelle et inventent tous les tourments que leur suggère une imagination de tortionnaires.

 

Les principales persécutions

La première persécution eut lieu sous Néron, en 64. Les principales victimes furent saint Pierre, crucifié la tête en bas et saint Paul décapité.

La troisième s'accomplit sous Trajan, en 107. Voici ce qu'il écrivait : « Il ne faut pas rechercher les chrétiens, mais si on les dénonce et qu'ils soient convaincus, il faut les punir. Mais celui qui nie être chrétien et qui le prouve par des actes, c'est à dire en adressant des supplications à nos dieux, doit être pardonné. ».

Les principales victimes furent saint Ignace, évêque d'Antioche, qui écrivait aux Romains : « Je suis le froment du Seigneur, il faut que je sois moulu par la dent des bêtes afin de devenir le pur pain du christ... Priez pour que je sois l'hostie de Dieu. ».

Saint Clément, troisième successeur de saint Pierre; saint Siméon, deuxième évêque de Jérusalem furent aussi victimes de cette persécution.

La quatrième persécution fut exécutée sous Marc-Aurèle, de 177 à 180. En 177, au cours d'une émeute populaire à Lyon furent martyrisés saint Pothin âgé de 90 ans et environ cinquante fidèles, parmi lesquels sainte Blandine. Les chrétiens de Lyon écrivirent alors une lettre émouvante à leurs frères d'Asie Mineure.

La lettre des martyrs de Lyon
Voici un extrait de cette Lettre, adressée aux frères d'Asie Mineure. Elle date de la persécution de Marc-Aurèle (177). C'est le plus ancien document authentique sur les débuts du christianisme en Gaule. Les futurs martyrs sont dans les arènes de Lyon; une foule immense est sur les gradins.

« ... Le diacre Sanctus endurait avec une force surhumaine tous les supplices que les bourreaux pouvaient inventer... A toutes les questions il répondait en latin : « Je suis chrétien. ». On ne put tirer de lui aucune autre réponse. Cela suffit à enflammer la rage du proconsul et des bourreaux. »

« N'ayant plus d'autre tourment à leur disposition, ils lui appliquèrent des lames ardentes aux endroits les plus sensibles du corps. Mais tandis que ses membres rôtissaient, son âme n’était pas entamée : il persistait dans sa confession comme s'il eut été baigné par la source céleste d'eau vive qui jaillit du corps du Christ... »

« Maturus et Sanctus subirent de nouveau toute la série de supplices, comme s'il n'avaient rien souffert auparavant. Ils eurent donc à endurer les mêmes atrocités qu'ils avaient déjà supportées : les coups de fouet, les morsures de bêtes qui les traînaient sur le sable de l'arène et tout ce que le caprice d'une foule insensée réclamait, par ses cris. Puis on les assit sur une chaise de fer rougi et, tandis que les membres brûlaient, l’écœurante fumée de la chair rôtie remplit l'amphithéâtre. Loin de s'apaiser, le fureur ne faisait que s'enflammer davantage. Cependant, on ne put faire dire à Sanctus une seule parole, sinon celle qu'il n'avait cessé de redire depuis le commencement: « Je suis chrétien ». Pour en finir, on coupa la gorge aux deux martyrs qui respiraient encore. »

« Blandine, pendant ce temps était suspendue à un poteau et exposée aux bêtes; aucune bête ne la toucha. On la détacha donc du poteau et on la ramena en prison pour une autre séance... Le dernier jour des spectacles, on fit paraître Blandine et le jeune Ponticus, âgé de 15 ans. Tous les jours précédents, on les avaient conduits à l’amphithéâtre afin de leur faire voir les tortures de leurs frères… On leur fit subir les tourments les plus cruels et à chaque épreuve on tâchait de les faire abjurer. Mais inutilement ; Ponticus mourut. Il ne restait plus que Blandine. Après avoir souffert le fouet, les bêtes, la chaise de fer, elle fut enfermé dans un filet et on l’amena au taureau. Il la lança plusieurs fois en l’air avec ses cornes. Elle paraissait ne rien sentir, toute entière à son espoir, poursuivant avec le Christ un colloque intérieur. Pour finir, on l’égorgea. Vrai disaient les Gaulois, en sortant, jamais dans nos pays on n’avait vu tant souffrir une femme ».
 

La Gaule fut évangélisée dès le second siècle. Parmi les nations occidentales, elle a été la première à recevoir le christianisme, d'où le célèbre dicton « La France est la fille aînée de l'Eglise. ».

La septième persécution, décrétée par l'empereur Dèce, de 249 à 251, fut une des plus cruelles et des plus générales. Il publia un édit obligeant tous les habitants de l'Empire à comparaître devant les magistrats pour y offrir un sacrifice aux dieux. S'ils y consentaient, on leur délivrait un certificat de fidélité à l'empereur. D'innombrables chrétiens opposèrent à l'ordre impérial un énergique refus, qui fut suivi de leur exécution.

Il y eut aussi un bon nombre de défaillances. Parmi les principaux martyrs, il faut citer saint Fabien, pape; Polyeucte, saint Christophe, le bon géant; sainte Agathe, âgée de 15 ans; sainte Agnès, âgée de 13 ans.

La huitième persécution eut lieu sous Valérien, de 257 à 259. Cet empereur fit traduire devant les tribunaux les chefs des communautés chrétiennes. Les deux papes, Etienne 1er et Sixte II furent décapités. La plus illustre victime de cette persécution fut le grand évêque de Carthage, un des meilleurs écrivains ecclésiastiques de son siècle : saint Cyprien. Sainte Colombe de Sens subit aussi le martyre dans cette persécution.

La dixième persécution, sous Dioclétien, de 300 à 305, fut la plus violente et la plus générale. Elle s'appliqua d'abord aux soldats chrétiens, puis aux chefs d'Eglise. Enfin, l'obligation de sacrifier au génie de l'empereur fut étendue à tous les chrétiens, sous peine de mort. Cette persécution fit d'innombrables victimes , notamment saint Sébastien, attaché à un arbre et percé de flèches; sainte Catherine d'Alexandrie, livrée au supplice de la roue, puis décapitée; saint Victor, officier de Marseille; saint Janvier de Naples; saint Côme et Damien, torturés et décapités en Asie Mineure.

Après l'abdication de Dioclétien survenue en 305, Galère continua la persécution en Orient. Elle devint moins violente. Car déjà les idées chrétiennes avaient fait de grands progrès. Enfin, en 311, brusquement un édit rendit la paix aux chrétiens. Deux ans après, une ère nouvelle allait s'ouvrir pour le christianisme : l'ère de la liberté et du triomphe avec la conversion de l'empereur Constantin.

 

La signification des persécutions

Mais que signifient ces trois siècles de persécutions ? D'abord, elles ouvrent une perspective profonde sur les dessous de la société romaine. Sous la surface brillante de ses palais, de ses oeuvres d'art, de sa littérature, derrière le bel édifice de son Droit et de sa législation qui ont pu servir de modèle plus tard aux divers peuples de l'Europe, on perçoit un mépris profond pour les pauvres, les déshérités, les esclaves.

Et quand ce majestueux Empire trouvait de la résistance, comme chez les chrétiens, il devenait impitoyable. L’âme païenne pouvait être cultivée : elle restait dure et cruelle, même chez les bons empereurs, comme Trajan et Marc-Aurèle.

De plus, les innombrables martyrs de tout âge et de toute condition, hommes ou femmes, consuls et esclaves, vieillards et adolescents, qui ont confessé leur foi dans les supplices, alors qu'il suffisait d'un geste pour éviter la mort, montrent qu'une force surhumaine et divine était en eux pour les soutenir. Martyr est un mot grec qui signifie témoin. Ils ont témoigné que la présence du Christ dans leur cœur pouvait les élever au dessus de la nature humaine.

Aussi, leur sang a été d'ailleurs « une semence de chrétiens ». « Nous ne sommes que d'hier... » disait Tertullien au début du IIIe siècle « ... et nous remplissons vos villes, vos maisons, vos places, vos municipes, les conseils, les camps, les tribus, les décuries, le Palais, le sénat, le forum; nous ne vous laissons que vos temples. Si nous nous retirions, vous seriez effrayés de votre solitude. ».

Enfin, les martyrs ont sauvé les droits de la conscience. Dans l'antiquité, le souverain régissait les âmes comme les corps. L’empereur romain était Pontife suprême. En disant : « Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à dieu », le Christ a libéré la conscience religieuse de l'emprise politique et instauré une ère nouvelle. Les martyrs ont montré que le domaine de la conscience était inviolable et supérieur à toutes les puissances humaines.
 

L’interrogatoire de saint Polycarpe  :

Polycarpe était disciple de saint Jean. Il fut le maître de saint Irénée qui devint évêque de Lyon au IIe siècle. Polycarpe, au moment de son martyr, avait 86 ans.
« Amené devant le proconsul de Smyrne, celui-ci lui demande d'avoir souci de son âge et de jurer par la fortune de César : Jure, rétracte-toi et proclame : A bas les impies !
Alors Polycarpe, après avoir regardé avec un visage grave et sévère toute la foule des païens, levant la main sur eux et les yeux aux ciel, dit : A bas les impies !
Le proconsul le presse : Jure, dit-il, maudis le Christ et je te renvoie.
Polycarpe répond : Depuis 86 ans, je suis au service du Christ et il n'a jamais été injuste pour moi, comment pourrais-je maudire le Roi à qui je dois mon salut ?
Le proconsul accentue sa pression et répète : Jure par la fortune de César.
L’évêque répond : Si tu cherches une vaine gloire dans le fait de me faire jurer par la fortune de César, comme tu dis, tu as l'air d'ignorer qui je suis. Je vais te le faire entendre en public : je suis chrétien, si tu veux apprendre la doctrine de la religion chrétienne, écoute-moi l'espace d'un jour.
Le proconsul lui dit : Persuade le peuple !
Polycarpe répond : je t'ai estimé digne de recevoir une explication, car nous avons été instruits à témoigner aux princes et aux autorités établies par Dieu, l'honneur qui leur est dû, quand il ne nuit pas à notre âme. Quant à ceux-là (les païens présents) je ne les estime pas dignes de leur rendre raison.
Le proconsul le menace des bêtes et du feu.
Tu me menaces du feu, répond Polycarpe, qui brûle en l’espace d'une heure et s'éteint ensuite, ignores-tu quel est le feu du jugement futur et de l'éternel châtiment qui est réservé aux impies ? Mais pourquoi attendre ? Prononce la peine que tu voudras. »