L’Empire
romain, un des plus grands qui ait jamais existé, englobait tous les
pays situés autour de la Méditerranée jusqu'au nord de l'Atlantique. Sur
tous les pays conquis, l'Empire a fait régner pendant plusieurs siècles
la paix romaine, et les peuples annexes à l'unité de l'empire lui ont
gardé de la reconnaissance, en même temps qu'ils étaient fiers du nom
romain.
Le
poète africain Claudien du Ve siècle disait : « C'est
Rome seule qui a reçu dans son sein ceux qu'elle avait vaincus, et se
conduisant en mère et non en dominatrice, a donné un même nom à tout le
genre humain. De ceux qu'elle a domptés, elle a fait des citoyens. Elle
a réuni par des liens sacrés les peuples éloignés. C'est grâce à son
amour de la paix que partout nous retrouvons une patrie, que nous ne
formons tous qu'une nation. Jamais il n'y aura de terme à la domination
romaine. ».
Ce
n'est pas que les conflits armés aient cessé d'exister sous l'Empire.
Mais c'était surtout des luttes de compétition entre prétendants au
titre d'empereur qui réglaient leurs rivalités par les armes. Il y avait
aussi à réprimer des incursions d'étrangers qui franchissaient les
frontières du Rhin et du Danube. Mais les peuples réunis dans l'Empire
en souffraient peu cette défense de l'Empire incombait aux légions
romaines.
C'était une ville prestigieuse. Après l'incendie de 64, Néron en fit
reconstruire les parties détruites. Ses successeurs y ont ajouté des
palais, des monuments et des forums (places publiques avec des arcs de
triomphe, des colonnes et des temples). Les étrangers éblouis
l'appelleront la "Ville dorée".
Pleine d'éclat sous l'Empire, rappelons qu'elle était empruntée, pour
une bonne part à la Grèce conquise un siècle et demi avant Jésus Christ.
Les Romains avaient imité quasiment tous les genres littéraires grecs.
De cette libre imitation étaient sorties des œuvres remarquables. Il
suffit de citer les noms de Cicéron, Virgile,
Horace, Tite-Live, Tacite,
Sénèque, Pline le Jeune, etc., pour évoquer toute une brillante
littérature.
D'un point de vue religieux, les Grecs comme les Romains étaient des
païens, c'est à dire qu'ils rendaient un culte à de fausses divinités.
Ces religions païennes antiques professaient une croyance commune à la
survivance de l'âme après la mort. L’opinion première des lointaines
générations grecques et italiennes fut que l'être humain vivait dans le
tombeau, que l'âme ne se séparait pas du corps et qu'elle restait fixée
à cette partie du sol ou les ossements étaient enterrés.
L’être qui vivait sous la terre n'était pas assez dégagé de l'humanité
pour n'avoir pas besoin de nourriture. Aussi, à certains jours de
l'année, portait-on un repas (gâteaux, vin, lait...) à chaque tombeau.
Les poètes latins Ovide et Virgile ont décrit cette cérémonie dont
l'usage s'était conservé intact jusqu'à leur époque, quoique les
croyances se fussent déjà transformées chez les Romains. Il semble que
le culte des morts ait été la plus ancienne forme de religion chez les
peuples indo-européens.
Les grands dieux de la Cité étaient Jupiter, Junon et
Minerve, empruntés
aux Grecs. Il y avait aussi des dieux pour la famille : Lares,
Pénates;
pour la vie des champs : Silvain, protecteur des forêts;
Saturne
protecteur des blés et des vignes; Faunus, dieu des troupeaux féconds,
etc. Vesta était la déesse du foyer. Janus, dieu spécifiquement romain,
était le dieu des portes !... Au temps de l'Empire, dans le peuple on
croyait encore aux dieux, sans qu'ils agissent beaucoup sur la conduite.
Dans les classes cultivées, on n'y croyait plus, mais on s'en servait
comme d'un ornement littéraire et architectural. L’habile politique de
Rome avait ouvert largement son Panthéon aux dieux des peuples conquis.
C'est ainsi que les religions orientales y avaient pénétré : le culte de
Cybèle, déesse des moissons , venu d'Asie; le culte d'Isis et
d'Osiris,
venu d'Alexandrie; le culte de Mithra, venu de Perse, très répandu parmi
les soldats.
Mais un culte devait dominer tous les autres et se superposer à toutes
les religions : le Culte Impérial. Il devint une forme obligatoire du
patriotisme. Organisé par Auguste, cet empereur exigea que le culte
impérial fût associé à celui de la déesse Rome.
A l'Epoque de l'Empire, les mœurs étaient en complète décadence. Elle
était minée par le luxe, le divorce et l'adultère. Les classes sociales
étaient mal équilibrées. Les esclaves (prisonniers de guerre), sur
lesquels le maître avait le droit de vie et de mort, étaient traités
comme un vil bétail. Ils alimentaient les jeux du Cirque : combats
contre lions, les tigres ou les ours, combats de gladiateurs. La masse
de la population, composée d'artisans ou de petits boutiquiers,
formaient une plèbe qui vivait un peu de son travail et un peu de la
sportule (don gratuit) qu'on va chercher au palais des riches. Son idéal
se résumait en deux mots : panem et circenses (du pain et des jeux).
Les riches, servis par de nombreux esclaves, habitent de préférence sur
les collines ou à la campagne dans de somptueuses villas. Il n'y a pas
de classe intermédiaire entre la plèbe et les riches. Cet état social,
sous des dehors éclatants, cachait de profondes misères : dégoût
engendré par la corruption croissante, détresse de l'âme incapable de se
fixer sur un culte qui la satisfasse, besoin immense d'un renouveau
moral, d'une purification intérieure vraie. C'est dans ce milieu
qu'allaient travailler ces hommes étranges, aux yeux de la foule romaine
qui s'appelaient les chrétiens.
L’Eglise dans
l’Empire Romain
Tout ce que
nous savons sur l'Eglise romaine primitive révèle à la fois sa
séparation de plus en plus accentuée du judaïsme et son soucis de garder
de la religion d'Israël, tout ce qui n'est pas contraire à la nature
propre et originale du christianisme.
L’annonce de la
Bonne Nouvelle à tous les hommes était en contradiction avec les
sentiments, les habitudes, l'attente du Messie guerrier, qui animaient
les Juifs contemporains du Christ. La doctrine de Jésus
exige une réforme religieuse et morale de l'individu. La réforme
qu'attendent les Juifs est surtout politique et doit délivrer le peuple
hébreu du joug des romains.
Les Juifs, du
moins le plus grand nombre, ne songent qu'à l'écrasement des autres
peuples pour établir sur cette terre un "royaume de Dieu" dont ils
seront les artisans et les bénéficiaires. Ils y vivront dans la
jouissance et la richesse.
Le chrétien au
contraire, dédaigne ce monde qui passe. Il ne doit songer qu'a purifier
son âme, à y mettre la douceur, la miséricorde, la force dans
l'adversité, le détachement des biens matériels, afin d'entrer dans le
"Royaume qui n'est pas de ce monde".
Il y avait donc
un antagonisme de fond entre le vieux judaïsme et le christianisme
naissant. D'où la haine des Juifs contre les chrétiens. Mais, un
événement devait briser les derniers liens de la jeune Eglise avec la
vieille synagogue : la destruction du Temple de Jérusalem par les
Romains en 70.
Les premiers
Juifs convertis continuaient d'aller encore au Temple, aux heures de la
prière. Désormais l'Eglise a son culte séparé, comme la synagogue a le
sien. Elle a ses ministres, ses lieux de réunion, ses prières et ses
rites. Elle a maintenant assez de puissance pour emprunter, sans rien
perdre de son autonomie ni de son originalité.
Les adeptes de
la Bonne Parole reconnaissaient dans l'histoire des Juifs une
préparation au christianisme. Les chrétiens gardèrent précieusement les
livres inspirés de l'Ancien Testament. Ils les lurent et les
commentèrent dans l'assemblée chrétienne. Ils chantèrent les Psaumes.
Mais dans tout cela, ils infusaient un esprit nouveau : celui de la foi
au Christ rédempteur, sauveur, Fils de Dieu.
C'est lui qui est le Messie attendu, qui a tout renouvelé
dans le monde de l'âme.
Déjà
apparaissent les premiers rites sacramentels : le baptême qui est donné
au nom du Père, du Fils et du
Saint-Esprit, l'onction de l'huile après le baptême
(confirmation), la Cène eucharistique. Pour ceux qui seront les
ministres de l'Eucharistie, centre du culte, il y a aussi un sacrement :
l'Ordre, qui s'administre par l'imposition des mains et auquel on se
prépare par la prière et par le jeûne. Il y a encore l'onction des
infirmes (extrême-onction), la pénitence pour les pécheurs, le
mariage chrétien. Enfin, on pratique d'autres rites et rituels comme le
lavement des pieds et certaines ablutions : tout cela forme l'ébauche de
ce qu'on appellera la liturgie, c'est à dire l'ensemble des règles du
culte chrétien et de l'administration des sacrements.
Il y avait un
tel contraste entre la vie des Romains et celle des premiers chrétiens,
qu'ils devaient d'abord être incompris, puis persécutés. Surtout, le
christianisme était intransigeant : il ne rendait un culte qu'au vrai
Dieu. Au début, la police impériale ne distinguait pas les juifs des
chrétiens. Les uns et les autres pêle-mêle furent expulsés de Rome sous
l'empereur Claude, de 41 à 54. Puis, on s'aperçut que beaucoup de
citoyens romains embrassaient la religion nouvelle. Mais si l'Etat
romain était très tolérant pour les cultes nombreux et divers qui se
pratiquaient dans l'Empire, c'était à une condition : qu'on se soumît au
culte impérial. Or, les chrétiens ne pouvaient accepter d'adorer
l'empereur. Par ce fait, ils devenaient sacrilèges, aux yeux des
fonctionnaires romains.
De plus, ils étaient obligés de s'entourer d'un grand secret pour éviter
les troubles et les profanations. Cela rendait possibles toutes les
calomnies. On disait qu'ils s'adonnaient à la magie; qu'ils tuaient des
enfants; qu'ils se livraient à toutes sortes de débauches ! Néron fixa
lui-même la législation qui est à la base de toutes les persécutions :
"Le nom et la profession du chrétien sont officiellement prohibés dans
tout l'Empire romain". On les appelait, à cause de leur vie retirée et
mystérieuse, "les ennemis du genre humain".
Les persécutions ne durèrent pas pendant trois siècles sans
discontinuer. Souvent, elles furent limitées tantôt à une ville, tantôt
à quelques provinces. Mais à des périodes d'accalmie assez longues
succédaient brutalement les ordres d'exécution qui s'étendaient parfois
à tout l'Empire. Les chrétiens étaient alors arrêtés, jugés et
condamnés.
Dans le Droit romain, la prison n'existait qu'avant la sentence. Les
peines infligées étaient : le bannissement, la déportation, les travaux
forcés, la mort. Les travaux forcés étaient une peine horrible. Le
condamné était marqué au fer rouge au front, on le flagellait, on lui
rasait la tête, on lui enserrait les pieds dans une chaîne de fer. C'est
ainsi qu'il travaillait dans les mines d'or, d'argent ou de plomb. La
peine de mort était variée : la décapitation par le glaive était
considérée comme une peine noble : on la réservait aux citoyens romains.
Pour les autres, c'était la mise en croix. On y ajouta sous l'Empire le
supplice du feu : sur le bûcher, le condamné, dépouillé de ses vêtements
était attaché à un poteau, les mains liées derrière le dos. On
l'entourait de matières inflammables et on le brûlait comme une torche.
L’exposition aux bêtes était un supplice dramatique souvent réclamé par
la foule : "les chrétiens aux lions !". On les exposait dans le crique,
complètement nus, puis on lâchait sur eux les bêtes féroces : lions,
tigres, ours, sangliers, taureaux excités. Ce supplice était jadis
réservé aux esclaves criminels.
Pendant les deux premiers siècles, sauf sous
Néron, on observa la
distinction entre citoyens romains et les autres. En outre, on appliqua
aux chrétiens la torture. Elle était déjà en vigueur dans le droit
romain, pour provoquer des aveux. Elle ne pouvait avoir ce but pour les
chrétiens qui confessaient hautement leur foi : elle était destinée à
les faire abjurer. On leur appliqua donc les quatre sortes de tortures
admises par la loi : la flagellation avec des lanières de cuir; le
chevalet qui écarte les membres; les ongles de fer qui déchirent les
flanc; enfin l'application du fer rougi au feu. Il arrivait donc qu'au
Ille siècle, le martyre comportât ces premières tortures, puis le retour
à la prison, enfin les dernier supplices.
On doit ajouter qu'à cette époque, magistrats et bourreaux ne semblent
plus écouter que leur férocité personnelle et inventent tous les
tourments que leur suggère une imagination de tortionnaires.
Les principales
persécutions
La première
persécution eut lieu sous Néron, en 64. Les principales
victimes furent saint Pierre, crucifié la tête en bas et
saint Paul décapité.
La troisième
s'accomplit sous Trajan, en 107. Voici ce qu'il écrivait :
« Il ne faut pas rechercher les chrétiens, mais si on les dénonce et
qu'ils soient convaincus, il faut les punir. Mais celui qui nie être
chrétien et qui le prouve par des actes, c'est à dire en adressant des
supplications à nos dieux, doit être pardonné. ».
Les principales
victimes furent saint Ignace, évêque d'Antioche, qui
écrivait aux Romains : « Je suis le froment du Seigneur, il faut que
je sois moulu par la dent des bêtes afin de devenir le pur pain du
christ... Priez pour que je sois l'hostie de Dieu. ».
Saint
Clément, troisième successeur de saint Pierre;
saint Siméon, deuxième évêque de Jérusalem furent aussi
victimes de cette persécution.
La quatrième
persécution fut exécutée sous Marc-Aurèle, de 177 à 180.
En 177, au cours d'une émeute populaire à Lyon furent martyrisés saint
Pothin âgé de 90 ans et environ cinquante fidèles, parmi
lesquels sainte Blandine. Les chrétiens de Lyon écrivirent
alors une lettre émouvante à leurs frères d'Asie Mineure.
La lettre des martyrs
de Lyon
Voici un extrait de cette Lettre, adressée aux frères d'Asie Mineure.
Elle date de la persécution de Marc-Aurèle (177). C'est le plus ancien
document authentique sur les débuts du christianisme en Gaule. Les
futurs martyrs sont dans les arènes de Lyon; une foule immense est sur
les gradins.
« ... Le diacre
Sanctus endurait avec une force surhumaine tous les supplices que les
bourreaux pouvaient inventer... A toutes les questions il répondait en
latin : « Je suis chrétien. ». On ne put tirer de lui aucune autre
réponse. Cela suffit à enflammer la rage du proconsul et des bourreaux.
»
« N'ayant plus
d'autre tourment à leur disposition, ils lui appliquèrent des lames
ardentes aux endroits les plus sensibles du corps. Mais tandis que ses
membres rôtissaient, son âme n’était pas entamée : il persistait dans sa
confession comme s'il eut été baigné par la source céleste d'eau vive
qui jaillit du corps du Christ... »
« Maturus et Sanctus
subirent de nouveau toute la série de supplices, comme s'il n'avaient
rien souffert auparavant. Ils eurent donc à endurer les mêmes atrocités
qu'ils avaient déjà supportées : les coups de fouet, les morsures de
bêtes qui les traînaient sur le sable de l'arène et tout ce que le
caprice d'une foule insensée réclamait, par ses cris. Puis on les assit
sur une chaise de fer rougi et, tandis que les membres brûlaient,
l’écœurante fumée de la chair rôtie remplit l'amphithéâtre. Loin de
s'apaiser, le fureur ne faisait que s'enflammer davantage. Cependant, on
ne put faire dire à Sanctus une seule parole, sinon celle qu'il n'avait
cessé de redire depuis le commencement: « Je suis chrétien ». Pour en
finir, on coupa la gorge aux deux martyrs qui respiraient encore. »
« Blandine, pendant
ce temps était suspendue à un poteau et exposée aux bêtes; aucune bête
ne la toucha. On la détacha donc du poteau et on la ramena en prison
pour une autre séance... Le dernier jour des spectacles, on fit paraître
Blandine et le jeune Ponticus, âgé de 15 ans. Tous les jours précédents,
on les avaient conduits à l’amphithéâtre afin de leur faire voir les
tortures de leurs frères… On leur fit subir les tourments les plus
cruels et à chaque épreuve on tâchait de les faire abjurer. Mais
inutilement ; Ponticus mourut. Il ne restait plus que Blandine. Après
avoir souffert le fouet, les bêtes, la chaise de fer, elle fut enfermé
dans un filet et on l’amena au taureau. Il la lança plusieurs fois en
l’air avec ses cornes. Elle paraissait ne rien sentir, toute entière à
son espoir, poursuivant avec le Christ un colloque intérieur. Pour
finir, on l’égorgea. Vrai disaient les Gaulois, en sortant, jamais dans
nos pays on n’avait vu tant souffrir une femme ».
La Gaule fut
évangélisée dès le second siècle. Parmi les nations occidentales, elle a
été la première à recevoir le christianisme, d'où le célèbre dicton «
La France est la fille aînée de l'Eglise. ».
La septième
persécution, décrétée par l'empereur Dèce, de 249 à 251,
fut une des plus cruelles et des plus générales. Il publia un édit
obligeant tous les habitants de l'Empire à comparaître devant les
magistrats pour y offrir un sacrifice aux dieux. S'ils y consentaient,
on leur délivrait un certificat de fidélité à l'empereur. D'innombrables
chrétiens opposèrent à l'ordre impérial un énergique refus, qui fut
suivi de leur exécution.
Il y eut aussi
un bon nombre de défaillances. Parmi les principaux martyrs, il faut
citer saint Fabien, pape; Polyeucte, saint
Christophe, le bon géant; sainte Agathe,
âgée de 15 ans; sainte Agnès, âgée de 13 ans.
La huitième
persécution eut lieu sous Valérien, de 257 à 259. Cet
empereur fit traduire devant les tribunaux les chefs des communautés
chrétiennes. Les deux papes, Etienne 1er et Sixte II
furent décapités. La plus illustre victime de cette persécution fut le
grand évêque de Carthage, un des meilleurs écrivains ecclésiastiques de
son siècle : saint Cyprien. Sainte Colombe
de Sens subit aussi le martyre dans cette persécution.
La dixième
persécution, sous Dioclétien, de 300 à 305, fut la plus
violente et la plus générale. Elle s'appliqua d'abord aux soldats
chrétiens, puis aux chefs d'Eglise. Enfin, l'obligation de sacrifier au
génie de l'empereur fut étendue à tous les chrétiens, sous peine de
mort. Cette persécution fit d'innombrables victimes , notamment saint
Sébastien, attaché à un arbre et percé de flèches; sainte
Catherine d'Alexandrie, livrée au supplice de la roue, puis
décapitée; saint Victor, officier de Marseille; saint
Janvier de Naples; saint Côme et Damien,
torturés et décapités en Asie Mineure.
Après
l'abdication de Dioclétien survenue en 305, Galère
continua la persécution en Orient. Elle devint moins violente. Car déjà
les idées chrétiennes avaient fait de grands progrès. Enfin, en 311,
brusquement un édit rendit la paix aux chrétiens. Deux ans après, une
ère nouvelle allait s'ouvrir pour le christianisme : l'ère de la liberté
et du triomphe avec la conversion de l'empereur Constantin.
La signification
des persécutions
Mais que signifient ces trois
siècles de persécutions ? D'abord, elles ouvrent une perspective
profonde sur les dessous de la société romaine. Sous la surface
brillante de ses palais, de ses oeuvres d'art, de sa littérature,
derrière le bel édifice de son Droit et de sa législation qui ont pu
servir de modèle plus tard aux divers peuples de l'Europe, on perçoit un
mépris profond pour les pauvres, les déshérités, les esclaves.
Et quand ce majestueux Empire trouvait de la résistance, comme chez les
chrétiens, il devenait impitoyable. L’âme païenne pouvait être cultivée
: elle restait dure et cruelle, même chez les bons empereurs, comme
Trajan et Marc-Aurèle.
De plus, les innombrables martyrs de tout âge et de toute condition,
hommes ou femmes, consuls et esclaves, vieillards et adolescents, qui
ont confessé leur foi dans les supplices, alors qu'il suffisait d'un
geste pour éviter la mort, montrent qu'une force surhumaine et divine
était en eux pour les soutenir. Martyr est un mot grec qui signifie
témoin. Ils ont témoigné que la présence du Christ dans leur cœur
pouvait les élever au dessus de la nature humaine.
Aussi, leur sang a été d'ailleurs « une semence de chrétiens ». « Nous
ne sommes que d'hier... » disait Tertullien au début du IIIe siècle «
... et nous remplissons vos villes, vos maisons, vos places, vos
municipes, les conseils, les camps, les tribus, les décuries, le Palais,
le sénat, le forum; nous ne vous laissons que vos temples. Si nous nous
retirions, vous seriez effrayés de votre solitude. ».
Enfin, les martyrs ont sauvé les droits de la conscience. Dans
l'antiquité, le souverain régissait les âmes comme les corps. L’empereur
romain était Pontife suprême. En disant : « Rendez à César ce qui est à
César et à Dieu ce qui est à dieu », le Christ a libéré la conscience
religieuse de l'emprise politique et instauré une ère nouvelle. Les
martyrs ont montré que le domaine de la conscience était inviolable et
supérieur à toutes les puissances humaines.
L’interrogatoire de
saint Polycarpe :
Polycarpe était disciple de
saint Jean. Il fut le maître de saint Irénée qui devint évêque de Lyon
au IIe siècle. Polycarpe, au moment de son martyr, avait 86 ans.
« Amené devant le proconsul de Smyrne, celui-ci lui demande d'avoir
souci de son âge et de jurer par la fortune de César : Jure,
rétracte-toi et proclame : A bas les impies !
Alors Polycarpe, après avoir regardé avec un visage grave et sévère
toute la foule des païens, levant la main sur eux et les yeux aux
ciel, dit : A bas les impies !
Le proconsul le presse : Jure, dit-il, maudis le Christ et je te
renvoie.
Polycarpe répond : Depuis 86 ans, je suis au service du Christ et il
n'a jamais été injuste pour moi, comment pourrais-je maudire le Roi à
qui je dois mon salut ?
Le proconsul accentue sa pression et répète : Jure par la fortune de
César.
L’évêque répond : Si tu cherches une vaine gloire dans le fait de me
faire jurer par la fortune de César, comme tu dis, tu as l'air
d'ignorer qui je suis. Je vais te le faire entendre en public : je
suis chrétien, si tu veux apprendre la doctrine de la religion
chrétienne, écoute-moi l'espace d'un jour.
Le proconsul lui dit : Persuade le peuple !
Polycarpe répond : je t'ai estimé digne de recevoir une explication,
car nous avons été instruits à témoigner aux princes et aux autorités
établies par Dieu, l'honneur qui leur est dû, quand il ne nuit pas à
notre âme. Quant à ceux-là (les païens présents) je ne les estime pas
dignes de leur rendre raison.
Le proconsul le menace des bêtes et du feu.
Tu me menaces du feu, répond Polycarpe, qui brûle en l’espace d'une
heure et s'éteint ensuite, ignores-tu quel est le feu du jugement
futur et de l'éternel châtiment qui est réservé aux impies ? Mais
pourquoi attendre ? Prononce la peine que tu voudras. »